Chypre

Cette grande île de la Méditerranée (la quatrième après Sicile, Sardaigne et Crète) très proche du continent a dû être visitée et colonisée autour de -10000 avant notre ère probablement par des peuplades venues d'Anatolie. Son nom provient du cuivre (cyprus), un minerai abondant sur l'île, très convoité à l'âge du Bronze..
Dès la période néolithique, des matériaux comme l'obsidienne qui n'existent pas sur l'île laissent supposer des échanges assez lointains : l'île de Chypre était probablement visitée par des petits navires effectuant des liaisons avec d'autres îles proches comme Rhodes ou la Crète ou avec le continent : Turquie, Liban, etc.
Ces premiers voyages par les mers sont peu connus mais avérés. Probablement les hommes préhistoriques utilisaient des embarcations faites de rondins de bois ou de papyrus avec lesquelles ils effectuaient d'assez longues distances à la rame en utilisant les courants, ou à la voile (en lin).
Ces traversées entre l'île de Chypre et le continent devaient être utiles pour des échanges de produits entre les différentes populations. Un commerce embryonnaire de troc devait exister bien avant l'époque néolithique où l'homme s'est fixé sur des territoires.
Plus tard, du fait de sa situation, l'île de Chypre a subi plusieurs dominations : Crétois, Ioniens, Mycéniens, Hyksos, puis Francs, Véntiens, Turcs, Anglais, etc.

Néolithiques précéramiques :

Khirotikia et Amanasos

Deux sites étonnants, différents de beaucoup de sites de la même époque (-7000) mais en même temps très représentatifs du mode de vie néolithique. Ces deux sites, où on retrouve les mêmes villages fortifiés de maisons rondes, les outils de pierre et d'os et des restes de leur alimentation nous permettent de déduire pas mal de choses sur leur mode de vie et leurs préoccupations.

En premier lieu, une inquiétude défensive : des hauts murs de pierre de plus d'un mètre d'épaisseur et de trois mètres de hauteur. Des entrées protégées par des chicanes astucieuses. Un site choisi en contrefort de collines pierreuses et d'une rivière et barré de ce haut mur de soixante mètres de long. Une attitude protectrice étonnante car on ne trouve aucun signe de combats (pas de crânes ou d'os mutilés par coups ou blessures crées par des armes tranchantes). A priori, ces villages d'éleveurs et d'agriculteurs comportant quelques centaines d'habitants (300 à 600) ne possédaient pas grand-chose qui puisse attirer des convoitises. Les villages retrouvés vivaient en autarcie mais entretenaient très probablement des échanges avec leurs voisins proches ou plus lointains. Toujours est-il que dans les deux sites, on retrouve ces mêmes murailles de protection même si le site de Amanasos ne semble pas protégé par des barrières naturelles comme c'est le cas à Khirokitia.

 

Les maisons sont assez fermées sur elles-mêmes, ouvertes seulement par une petite entrée large de 50 cm marquée par un seuil enduit légèrement au-dessus du sol (avec une ou deux petites fenêtres pour les plus grandes). Chaque unité d'habitation est trop petite pour contenir une famille de plus de trois ou quatre personnes. En fait plusieurs maisons rondes s'organisent autour d'une cour au sol enduit où devaient avoir lieu les réunions familiales et le travail en commun comme le broyage des céréales.

L'unité d'habitation était réalisée en pierres (blanches ramassées autour et de galets plus foncés provenant du lit du fleuve). Les murs (d'au moins un mètre d'épaisseur) étaient montés en deux rangées de pierres avec un mortier de pisé entre. Les faces internes et externes des murs étaient enduites de terre couleur claire sur lesquels des décors ont été apposés, le sol est enduit à l'intérieur du village. Toutes les maisons sont rondes de 3 à 9 mètres de diamètre (rares). Le toit est constitué de plusieurs couches : troncs d'arbres, lit de roseaux, couches de pisés et pierres plates.

A l'intérieur, l'espace est compartimenté par des petites constructions en pierre. Un petit foyer central servant à cuire les aliments. Probablement constitué de braises recouvertes par une plaque de pierre (pour dégager le moins de fumée possible).
La circulation entre les maisons ou groupes de maisons est assez limitée, ne laissant la place au passage que d'un individu.

On a retrouvé des sépultures creusées sous le sol et recouverte après l'inhumation. Ainsi la sépulture du membre de la famille restait dans l'espace où il avait vécu, auprès de ses proches. Plus tard, les sépultures ont été bannies en dehors des villes. Le village était donc le lieu des vivants et des morts.

Pas de trace d'élevage à l'intérieur de l'enceinte. Les bêtes (moutons, chèvres, porcs) étaient parquées au dehors. Autour du village aussi, les terrains cultivés (blé amidonnier, orge et lentilles).
Leur nourriture était complétée par la cueillette de fruits (oliviers, pruniers, figuiers), et le produit de la pêche et de la chasse (daims).

 

Ces premiers agriculteurs ne connaissaient pas la céramique alors qu'ils utilisaient l'agile pour leurs mortiers. Leur vaisselle (récipients aux jolies formes) était en pierre comme leurs outils ou leurs armes Les os étaient utilisés comme aiguilles pour coudre les peaux.

Pas de traces particulières de culte. Seules des petites figurines anthropomorphes de femmes stylisées ou de parturientes laissent envisager un culte à la déesse mère ou du moins la préoccupation de la fertilité et l'enfantement.

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